Opus Dei. Bulletin RomanaBulletin de la Prelature de la Sainte Croix et Opus Dei

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51 • Juillet - Décembre 2010 • Page 0
 
 
 
 •  Étude
 

“Le temps dans les enseignements de Josémaria Escriva de Balaguer ».

Ce fut en 1951, pendant l’été, que je lus Chemin pour la première fois, avec un esprit méfiant provoqué sans doute par l’éloge que m’en avait faite l’ami qui m’avait conseillé sa lecture. Or, au fur et à mesure que je tournais les pages, j’y découvrais la sagesse humaine et surnaturelle qu’il contenait. Je compris, entre autres, que les affaires temporelles et les éternelles n’étaient pas si éloignées les uns des autres : le temps m’apparut sous une perception nouvelle.
Comment cela se fit-il ? Je vais tâcher d’y répondre en faisant comprendre comment la valeur du temps dépend de son rapport à l’immuable par la « présence de l’éternité » en lui. Pour ce faire je vais me servir des enseignements de saint Josémaria : un saint qui sut percevoir la transcendance que revêt la bonne utilisation du temps pour ceux qui cherchent la perfection humaine et chrétienne à travers leurs activités quotidiennes.

1. Sens du temps

1.1. Naissance du temps

On assure qu’il fit cette fresque en un jour. Michel Ange Buonarroti couvrit le créateur d’une tunique rouge et dans un raccourci génial, il représenta Dieu séparant la lumière des ténèbres. C’est à la Chapelle Sixtine que l’on trouve la représentation du premier jour de la création : « Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fût. Dieu vit que la lumière était bonne et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière jour et les ténèbres, nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fût le premier jour » (Gn 1, 3-5). Le temps est né.

Qu’est-ce que le temps? Le saint évêque d’Hippone disait qu’il en méconnaissait la réponse, mais que, dans le silence du dialogue avec Dieu, il avait bien expérimenté un hier, un aujourd’hui et un demain .
Seize siècles plus tard, Jean-Paul II se pose encore la question du temps et répond : « Au-delà des données vérifiables et quantifiables, la foi et la raison renvoient à la perspective de ce mystère » . Le temps a une composante de mystère dévoilée dans trois des grands « moments » de l’histoire du salut : « au début, la création ; au centre, l’incarnation ; à la fin, la « parousie » .
La notion habituelle du temps est en rapport avec la durée des choses sujettes au changement. Aussi, appelons-nous éternité la permanence d’un être qui ne connaît pas le changement et temps la permanence d’un être sujet au changement. Le temps est la durée propre à un être qui change ; l’éternité est la permanence immuable, non pas des temps additionnés. Autrement dit : Dieu crée le temps éternellement et continuellement, il nous offre l’horloge dont il est l’horloger.

Est-il possible de concilier éternité et temps ? « C’est faisable précisément à la lumière de la révélation du Christ qui fait en lui l’union de Dieu et de l’homme, de l’éternité et du temps, de l’esprit et de la matière » . Avec la Rédemption, le temps est la voie pour découvrir l’éternité. Cette découverte nous fait penser à saint Josémaria. En leur rappelant que Dieu les attend au travail de tous les jours, il disait aux professeurs et aux étudiants de l’Université de Navarre : « Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, caché dans les situations les plus ordinaires et c’est à vous de le découvrir » . Le mystère du temps commence à être perçu quand on découvre dans sa vie personnelle ce quelque chose qui entoure d’éternité le temps et qui permet de comprendre « qu’il n’y a pas de mauvaises ou de bonnes dates, (que) tous les jours sont bons pour servir Dieu » y compris les temps « durs » .

Lorsque le temps est divinisé (endieusé ,pour créer en français le néologisme que créa saint Josémaria en castillan), les calendriers ne sont que des gadgets, le temps donne la main à l’intemporel, les années avancent et reculent, et l’homme peut être enfant et adulte en même temps.

Saint Josémaria a reçu la grâce d’endieuser le temps. Quand il n’avait que vingt-six ans, il demandait à Dieu de toute son âme « quatre-vingts ans de gravité […] afin de savoir utiliser le temps, pour apprendre mettre à profit chaque minute à son service » .

À soixante-dix ans, il demandait encore à être un enfant devant Dieu son Père. « C’est dur parce que l’âme met en exercice les facultés que Dieu lui a données pour suivre son chemin et qu’il y a des moments où il faut se passer de sa mémoire, soumettre son intelligence, faire plier sa volonté. C’est dur, je répète, parce cette activité de l’âme est logique, elle est comme une montre bien remontée qui fait nécessairement tic-tac » .

On n’a jamais inventé la machine à remonter le temps, à le faire avancer, car pour ce faire, il faudrait, entre autres, avoir une intelligence intemporelle .
L’âme qui est dans la logique de l’éternel au cœur de la logique du temps, offre son intelligence, sa mémoire et sa volonté et dépose librement sa liberté en Dieu. Ceci se passe normalement dans le silence, comme celui qui suivit le Fiat de la Sainte Vierge Marie quand « tout un Dieu !» vint chez elle se cacher dans l’Humanité du Christ qui se mit à notre service. Le Tout-Puissant arrive, prêt à ternir sa gloire pour un temps déterminé, afin de faciliter la rencontre rédemptrice avec ses créatures » .

1.2. Il a un maître

Le temps fait partie du petit nombre de choses à la portée de tous les humains et nous le dépensons en faisant usage de notre liberté. Il s’agit de la dépense la plus radicale : tant qu’on le dépense, il y a vie, quand il n’y a plus cette possibilité, la vie sur terre s’achève.
Ce sont les vivants qui parlent du temps, les morts ne font partie que du souvenir.

Étant donné que Dieu « fait briller le soleil sur les bons et les méchants » (Mt 5, 45), il est difficile de dire « que tout temps passé était meilleur, parce que tous les temps ont été bons ou mauvais » . Son utilisation devient un investissement si notre regard est rivé sur l’éternité, sur le Créateur, et non pas sur nous-mêmes. Aussi, la rentabilité la meilleure découle-t-elle du détachement total du temps quand Dieu nous le demande .

Il y a lieu de se demander s’il est possible de dépenser le temps alors qu’on n’en est pas son propriétaire? Une réponse hâtive pourrait attribuer à chaque personne la propriété de son temps. Évidemment, cette réponse est fausse au vu de la réalité de la vie et de la mort. Naître et mourir ont un temps fixé de toute éternité.

Qui est donc le maître du temps ?

J’ai un ami, excellent bijoutier et fieffé commerçant, qui se procura, il y a longtemps, une collection de sabliers qui écoulaient leur sable en une demi(e)-heure. Avant de les mettre en vente quelqu’un lui suggéra d’y graver cette légende : Dominum tempus habet qui non es tu, le temps a un maître et ce n’est pas toi. Vendit-il ces sabliers en peu de temps, grâce au latin, ou bien parce qu’ils étaient jolis, ou bien pour ces deux raisons ? En effet, le temps a un maître. « Il ne m’appartient pas parce qu’il est à Dieu Notre Père qui est aux cieux » .

De quel droit quelqu’un peut-il se permettre de dépenser le temps ? On pourrait dire qu’il le fait à titre d’usufruitier temporaire. Il est donc infondé de le revendiquer à son maître : « Eh ! mes jours m’appartiennent, ils ne sont pas à Toi » ! . L’usufruitier est obligé de veiller sur lui conformément à la concession faite par le propriétaire et il a le droit d’en profiter pendant des années de vie dont il ignore la durée.

On peut maintenant souligner quatre traits concernant ce profit du temps dans l’enseignement de saint Josémaria : il est bref, instantané, serein, précieux.

a) Bref

Jésus-Christ « a vécu le seul événement de l’histoire qui ne passe pas : le mystère pascal » .
Tout le reste passe, est bref ; « hier, c’est du passé, aujourd’hui s’écoule peu à peu. Demain serait vite la veille » , voilà la réalité. On aura beau vouloir renverser l’horloge, le temps passe, comme le dit depuis des siècles cette légende de l’horloge solaire de la
Royal Tunbridge Wells: «Tu peux m’ignorer, mais non pas m’arrêter » .

La Bible parle souvent et différemment de la brièveté du temps de la vie, elle le mesure, même : « Les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, et, pour les plus robustes, à quatre-vingts ans; […] car il passe vite, et nous nous envolons.» (Ps 90, 10). Job est plus succinct : « Ma vie est comme un souffle » (Jb 7, 6). Voici les quatre mots de
saint Paul aux chrétiens de Corinthe: « Mes frères, retenez ceci : le temps est court » (1 Co 7, 29).
Bref, court, il passe vite, il est tout petit. Sainte Catherine de Sienne, que saint Josémaria vénérait spécialement, se sert de cette idée pour faire comprendre que nos peines sont aussi petites que ce temps petit, «è quanto una punta d’ago e non
più », aussi petit que la pointe d’une aiguille, pas plus. Et elle dit que « le temps parti, la peine est finie » . Il est donc petit et comme les trous d’une passoire , il tamise les événements que les années filtrent pour leur donner leur vrai relief. C’est parce qu’elle est l’addition de petits temps que l’heure s’écoule en minutes et que celles-ci semblent voler en quelques secondes. Saint Josémaria perçoit « ce manque de temps » tout au long de sa vie, en faisant voir que ce manque à un fond : « quand l’amour est là, les jours volent » .

b) Instantané

Communiquer “en temps réel” — real time— revient à réduire au minimum le temps de la diffusion d’un message et de sa réception. L’instant, portion minimale du temps, mesure l’efficacité des produits dans l’industrie de la communication, il est une valeur positive identifiée fréquemment au temps réel.

On pourrait ainsi dire que Dieu parle toujours en temps réel parce qu’il le fait à partir de ce qui est intangiblement réel : l’éternité. C’est la raison pour laquelle le fondateur de l’Opus Dei recommande « la docilité aux appels divins de chaque instant. En effet, c’est là précisément que Dieu nous attend » . Reporter ce dialogue à « demain » ou à « tout à l’heure » peut être une « résistance à la grâce » face à ce maintenant, ouvert au « bonheur éternel » .

Saint Josémaria rattache souvent deux adverbes —« aujourd’hui, maintenant »— , pour montrer que « le temps nous presse » , et que le Seigneur est de plus en plus exigeant chaque jour . Quand on est plongé dans le sens instantané du temps, on sait rectifier au moment voulu , donner à temps le conseil approprié .

Toutefois, ‘l’instant’ de Dieu ne coïncide pas forcément avec ‘l’instant’ humain. Le cas du figuier dont parle l’Évangile peut en être un bon exemple. Les figues sont là au début de l’automne, or le Maître du temps, hors saison, demande du fruit au figuier. « Ce n’est pas le temps des figues et cependant le Seigneur vient en chercher. Il sait qu’en cette saison, il n’en trouvera pas cependant quand il constate la stérilité de cet arbre, apparemment fécond, avec des feuilles abondantes, il lui dit que jamais plus personne ne mange de(son) fruit » . Quand c’est Dieu qui le demande, il y a toujours la possibilité de donner du bon fruit et non pas seulement des feuilles, au gré du vent. Si la frivolité devait se parer d’un blason, ce figuier pourrait lui rendre service.

En revanche, les saints savent produire du fruit maintenant à l’instant voulu par Dieu. À ce propos, saint Jean de la Croix nous pose une question embarrassante : « Puisqu’au moment du jugement tu regretteras de ne pas avoir employé ton temps au service de Dieu, pourquoi ne pas t’investir à l’utiliser dès maintenant comme tu aimerais l’avoir fait au jour de ta mort » ?

c) Serein

Just in time —dans le temps juste— est le leitmotiv du management, dont on se sert pour détecter et supprimer le « gaspillage » de temps. Le but essentiellement recherché est la réduction des temps dans la gestion des affaires et la suppression des investissements non nécessaires. Ce système, qui a obtenu des résultats surprenants, court cependant le risque de mépriser le temps de travail des personnes au profit du temps d’une productivité matérielle. En effet, on ne doit pas oublier que c’est la personne qui est l’acteur indispensable du temps et du travail. Le temps est l’addition des temps qu’il faut gérer sereinement, paisiblement, sans accélérations cherchant à réussir une heure à soixante cinq minutes. De ce fait il est important de ne pas oublier que le temps du repos n’est pas une perte de temps.

Le blason de la famille de saint Josémaria Escriva de Balaguer a une devise qui attire l’attention sur la sérénité du temps : « Âme et calme ». Le calme dans l’âme fait comprendre
que « c’est Dieu qui fait ses œuvres, alors que c’est le temps qui construit et qui détruit l’œuvre des hommes » . Il s’agit d’un calme diligent, non paresseux, qui permet de maîtriser l’impatience et de décider quels sont les temps voulus. En effet, la vie nous apprend que ce qui est ‘urgent’ n’est pas forcément ce qui est le plus ‘important’.

La sérénité demande un équilibre dans la gestion du temps. Voici ce qu’écrivit saint Josémaria en parlant du temps par rapport à Dieu : « Avant de prier prends cette ferme résolution : ni trop longtemps pour trouver du réconfort, ni peu de temps par aridité » .
Cette appréciation sereine et positive du temps s’enracine dans un fait : c’est avec l’arrivée du Fils de Dieu dans ce monde que « commencent les temps favorables, le temps du salut » (cf. 2 Co 6, 2) . Nous vivons dans le meilleur des temps : s’il y en avait un autre meilleur, Dieu nous l’aurait confié. Les chrétiens peuvent donc se dire ce que dit très un de mes amis : ceux qui sont mieux que nous, doivent être drôlement bien !

d) Précieux

Quelle est la valeur du temps ? Cela dépend de celui qui l’évalue et ce à quoi il l’emploie. Dans le marché de la communication le temps est monnaie courante et les prix sont souvent élevés. Par exemple, le prix d’une seconde d’un spot à la télévision, lors du Super Bowl américain de 2010, allait de 83000 à 93000 dollars. Et ces montants étaient inférieurs aux chiffres de 2009. Un spot de trente secondes fut alors payé 3 millions de dollars.
D’aucuns considèrent que le temps est « une dimension du nouveau capitalisme » , mais la valeur réelle du temps qui dépasse celle d’une simple ‘valeur de marché’, n’a pas de rapport avec une somme donnée, aussi incommensurable qu’elle soit ; la connaissance du temps est une sagesse, c’est un don de l’Esprit .

Le temps n’est pas ‘une valeur ajoutée’ à notre existence. Pour saint Josémaria, « le temps est ‘ notre trésor’, la ‘monnaie’ pour acheter l’éternité »
Dans l’homélie qui fut publiée par la suite sous l’intitulé « Le trésor du temps », il développa les idées maîtresses de ce qui est, à mon avis, « la grande charte » de la sanctification du temps et le canevas de cette étude.

1.3. Le temps et l’intelligence sont des réalités intangibles.

On dit qu’est intangible ce que l’on ne peut pas toucher parce que dépourvu d’entité physique. L’intelligence humaine qui est le bien intangible par excellence, engendre des connaissances qui ont une projection financière dans ce qui est dit « capital intellectuel », ou la partie mesurable des immobilisations immatérielles.

Le temps et la connaissance s’entrelacent comme deux réalités intangibles complémentaires dont la valeur financière peut être reflétée, par exemple, dans les droits accordées à un brevet, un label commercial, une marque, etc. Dans ce qu’il a d’intangible, le temps est plus une idée qu’un objet c’est pourquoi il est en mesure d’ordonner la vie des personnes.

Au début du XXIème siècle le travail intellectuel demande fréquemment un plus grand investissement de temps que le travail ayant des résultats matériels, une production industrielle. Cependant, malgré les innovations dans la mesure du temps, on n’a pas encore trouvé un système de mesure objectif et fiable du temps destiné au travail de l’intelligence. C’est pourquoi, la plupart des fois on a recours à la notion limitée de ‘valeur marchande’.
Sous le prisme du travail humain, le temps intangible apparaît nettement dans certaines étapes du processus du travail, dans, par exemple, la recherche d’information, les échanges d’idées ou de concepts qui sont des tâches dont la nature du contenu est immatérielle .
Jean-Paul II disait ceci : « Les grandes dimensions du temps! Si le temps est toujours un éloignement du commencement, à bien y penser il est simultanément un retour au commencement. Et cela est d'une importance fondamentale » . Il est certes important de reconnaître que le temps vient de Dieu et retourne à Dieu. C’est à la confluence du temps intangible et du temps tangible qu’est encadrée « la plénitude des temps » (Ga 4,4), le temps établi (Rm 5, 6), à laquelle « en effet correspond, une particulière plénitude de la communication que le Dieu un et trine fait de lui-même dans l'Esprit Saint » .
Saint Josémaria saisit cet enlacement des temps et l’introduit dans le cœur des hommes : « Le temps s’est accompli et le Royaume de Dieu est proche, convertissez-vous et croyez à l’Évangile (Mc l, 15). (…) En t’approchant du Seigneur, dis-toi qu’Il est tout près de toi, en toi : regnum Dei intra vos est (Lc 17, 21). Tu le trouveras dans ton cœur » .

L’un des risques à gérer ainsi les affaires c’est d’oublier l’importance du long terme, du temps étalé, et de vouloir obtenir de grands bénéfices à court terme, dans un temps inférieur à un an. Cet oubli enlève des perspectives au travail, rétrécit le domaine de l’espérance, fait que le cœur devienne myope. Il faut patienter pour attendre le fruit qui arrive en son temps , avec la sagesse qui permet de découvrir la grandeur que recèle la petitesse du commencement. Un jour, saint Josémaria dit à ceux qui projetaient de mettre en route une université : « Faites qu’elle soit petite aux débuts afin d’obtenir un petit aiglon et non pas un petit oiseau rôti » . L’aiglon deviendra un aigle alors que le petit oiseau…

La vision des choses à long terme facilite l’équilibre pour donner à chaque chose son temps sans être ancré dans le passé, sans être complexé par le présent, avec l’assurance que tous les temps et toutes les ambiances peuvent être ajustés « à la sainteté de la doctrine morale de Jésus-Christ » . Le long terme permet de regarder vers l’éternité, ne pas être pressé, être patient, compréhensif, « persuadé que les âmes, comme le bon vin, s’améliorent avec le temps » .

L’union du temps et de l’intelligence a fait beaucoup de chemin.
C’est dans la Grèce antique que l’on trouve un témoignage éclairant. Le Sphinx posté sur la route de Thèbes, tuait celui qui ne savait pas donner une réponse à cette question : « Quel est l’être vivant qui marche à quatre pattes à l’aube, à deux, à midi et à trois, le soir ? Seul Œdipe répondit ‘c’est l’homme’ : il marche à quatre pattes au début, il se tient sur deux pieds par la suite, et quand il est vieux, il se sert d’une canne. Bonne réponse. Mais il faut dire aussi que le temps ne change pas seulement notre façon de marcher, mais aussi l’histoire et que cela peut lui demander des siècles.

On a intérêt à se dire que le temps avance inexorablement et que nous ne pouvons pas le laisser s’écouler comme « l’eau sur des galets polis, sans laisser de trace » , entre autres, parce que cette eau-là a une force qui jaillit jusqu’à la vie éternelle » . Ceci dit, l’eau peut être aussi le plus grand ennemi du rocher quand elle « est cette eau menue qui se glisse, goutte à goutte, dans les fentes de la roche jusqu’à en ruiner la structure », pour tout dire « le danger le plus grand pour le chrétien consiste à négliger le combat dans ces escarmouches qui se glissent petit à petit dans son âme pour la ramollir, la briser, la rendre indifférente, insensible aux voix de Dieu » .

C’est dans ce combat que le chrétien fait usage de sa liberté et que, goutte à goutte aussi, il construit et tisse l’histoire. C’est là qu’entre en jeu cette certitude de Saint Josémaria : « La certitude de l’indétermination de l’histoire qui est ouverte à de multiples possibilités que Dieu n’a pas voulu fermer » . Cela est corroboré par la réalité : « la vie et le comportement de ceux qui sont au service de Dieu ont changé l’histoire et fait que même beaucoup de ceux qui ne connaissent pas le Seigneur soient mus, à leur insu peut-être, par des idéaux issus du christianisme » . Le sens des responsabilités dans l’emploi de ce temps qui fait l’histoire, le pousse à s’écrier : « Si nous avions toi et moi connu le jour du Seigneur ! Si nous les hommes avions voulu donner un autre cours à l’amour de Dieu ! » .

Nous pouvons en effet changer l’histoire si nous gérons correctement le temps, si nous tâchons de le faire fructifier, sans le déplacer pour qu’il devienne un objet ou une chose étrangère à notre vie personnelle. Pourquoi suis-je poussé à dire cela ?

« Il y a un temps pour aller à la pêche et un temps pour faire sécher les filets », dit un proverbe chinois. Je suis bien d’accord, mais où est le temps des poissons dans tout cela ? Si on ignore quel est le temps des poissons, on peut aller à la pêche sans savoir où ils se trouvent : dans ce cas, à quoi sert un filet tout sec ? L’utilisation du temps est dans la main des hommes, cette priorité ne peut être ignorée. On cite très souvent ce passage de l’Ecclésiaste : Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir;
un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements; un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. (Cf. Qo 3, 1-8). Il n’y a que l’homme qui conjugue ces vingt-huit verbes dans le temps.

Le passage du temps peut changer les choses, les faits et les circonstances qui entourent la vie des personnes, il est donc nécessaire de rectifier lorsque le changement le demande, ou de tenir bon « avec une trempe honnête devant des situations pouvant engager la sécurité personnelle » . On peut aussi voir les choses autrement : l’homme peut, dans l’exercice des vertus, changer le temps où il vit, et simultanément se perfectionner lui-même. La liturgie de l’Église, don de l’Esprit Saint, donne un nom propre et met à notre portée les époques de la vie du Fils de Dieu sur la terre. Année après année, siècle après siècle, elle se souvient de l’Histoire du Salut. Saint Josémaria vécut et apprit à vivre la liturgie avec une profonde intelligence et un grand amour de l’Église. Aussi l’Avent est-il une période pour implorer la miséricorde divine , un « temps d’espérance » qui renouvelle notre « envie sincère de l’arrivée du Christ » . Le Carême est un temps « de pénitence, de purification, de conversion. Ce n’est pas facile, le christianisme n’est pas un chemin aisé : il ne suffit pas de se trouver dans l’Église et de laisser s’écouler les années » . Dans cette période il y a un temps pour la joie qui atteint son sens le plus fort au temps de Pâques, sans qu’elle soit réservée à cette époque de l’année liturgique, puisqu’elle « se trouve à tout moment dans le cœur du chrétien » .

Le chrétien a l’obligation de gérer ce temps pour en tirer un maximum de profit. Le bénéfice peut être immatériel ou matériel, ou les deux en même temps. En effet c’est un bien rare pour la plupart des gens qui travaillent, et sa valeur augmente surtout pour ‘ceux qui n’ont pas le temps’. « Il n’a donc pas le temps ? » se demande saint Josémaria. Et de répondre : « C’est bien mieux. Ce sont ceux qui n’ont pas le temps qui intéressent le Christ » . Dans l’économie des ‘sans temps’ les minutes valent des heures et les secondes, des minutes.

Il se pourrait que ce que nous venons de considérer déclenche le sourire sceptique de celui qui pense que le temps est quelque chose de subjectif, de psychologique, sans transcendance, avec une valeur relative. Il faut alors penser au conseil, plus ou moins adapté ici, de Paul Valéry à ceux qui ignorent ce que le temps signifie : « Attendez d’avoir faim. Privez-vous de manger et vous verrez alors ce qu’est le temps » .

2. Dans le temps

2.1. Toujours

Considérons maintenant l’adverbe toujours par rapport au temps.
Il donne une dimension aux choses les plus contradictoires de la vie : des vérités, des choses fausses ; des promesses, des tromperies ; des joies, des pleurs ; des espoirs, des échecs ; des fidélités, des infidélités. Il veut dire ‘partout ou à n’importe quel moment’ : plus que des temps additionnés, il est là pour décrire la continuité dans les bonnes ou les mauvaises actions. En effet, il n’y a jamais de ‘toujours’ qui soit indifférent.

Dans l’histoire de l’humanité les innovations, surgissant à des moments précis, essaient de se prolonger et de vivre à tout jamais, en se croyant toujours originelles. Si l’intelligence, la mémoire et la volonté s’appliquent à faire à tout moment « ce qui est agréable au Seigneur » , ce « toujours » touche l’éternité en quelque sorte, dépasse le temps : « il est toujours bon» . Les saints sont les promoteurs de ce « toujours »-là dès que le monde en a besoin, c’est-à-dire, dès que Dieu nous les envoie. Lorsqu’on pense à quelqu’un de saint, on se souvient de lui en employant l’adverbe ‘toujours’ : il était toujours gai, toujours généreux, il aidait les autres autant qu’il le pouvait, il priait toujours. Nous parlons ainsi alors que nous savons que ces louanges sont pour Dieu. Aussi, quand il parle des premiers Apôtres qui entouraient le Christ, saint Josémaria précise qu’ils « ne comptaient pour rien en leur temps » .

Pour comprendre ce “toujours” qui réside en Dieu, il ne suffit pas de penser au passage inévitable du temps, il faut aussi considérer comment on dépense son temps. Le verbe ‘servir’ accompagne ce ‘toujours’ et explique comment une vertu peut s’allonger dans le temps chronologique. Saint Josémaria aimait dire « serviam !, je servirai » . Cette attitude est la clé du véritable ‘toujours’.
La volonté de servir les autres nous pousse à tout quitter pour Dieu , sans trop nous soucier du lendemain — à chaque jour suffit sa peine (cf. Mt 6, 34) et même sans craindre la mort « qui sera au rendez-vous au moment voulu, dans un lieu précis, sous la forme qui conviendra le mieux » . Nous sommes « des instruments dans les mains de Dieu sur lesquels Il compte tous les jours, aussi tâchons-nous de le servir au jour le jour »

Notre quotidien a ainsi une portée universelle puisque c’est sur ce ‘toujours’ qu’est « construit le Royaume de Dieu », tâche qui nous est confiée à tous et dont « personne ne doit se sentir exempté » . Elle exige que nous mettions notre temps à profit parce que nous ne pouvons pas jeter « nonchalamment ce trésor par la fenêtre : nous ne pouvons pas démantibuler cette étape du monde que Dieu confie à chacun de nous »
L’objectif de ce ‘toujours’ dépasse le temps, devient le ‘pour toujours’ de l’éternité . Pour atteindre ce but, il faut de fortes doses de patience, de force d’âme et d’espérance.

a) Patience

« Dieu crée chaque pâquerette séparément et il ne se fatigue jamais d’en créer » . Chesterton est émerveillé par ce Dieu qui crée les pâquerettes, une à une, et son admiration ne fait que croître face à la persévérance éternelle de cette action créatrice. Dieu est patient et constant, c’est pourquoi, au printemps, il nous offre toujours des pâquerettes sans se lasser de nous en faire cadeau. Ce ‘toujours’ est persévérant dans le souci de servir les autres, comme le propriétaire de la vigne qui est allé embaucher des ouvriers à 9h, à 12h, à 13h et à 15h. (cf. Mt 20, 5-13).

Savoir attendre qu’arrive le temps opportun est une façon d’être patient. Saint Josémaria évoque cet événement unique : « Le Seigneur ne savait que trop que l’humanité avait un besoin pressant de lui. Il avait donc soif d’arriver sur terre pour sauver toutes les âmes, or il ne précipite pas le temps. Il est venu à son heure, en arrivant au monde comme les autres hommes » .

Notre patience est mise à l’épreuve quand nous avons “l’impression que Jésus dort, qu’il ne nous entend pas”. Il faut alors avoir une totale confiance en lui, s’abandonner dans les mains du Maître sans tergiverser . Cet abandon peut être coûteux, voire demander notre héroïsme, mais en échange, il apporte la paix, l’équilibre dans l’âme. La personne patiente adopte la devise de l’horloge des Musées du Vatican : Oneratem aequilibro. Elle met de l’équilibre dans ce qui est pénible et coûteux . Les difficultés sont alors couvertes de mesure, de bon sens et d’équanimité.

b) Force d’âme

Ce ‘toujours’ requiert la force d’âme parce qu’il est totalisant : il cherche le Seigneur « en tout temps et partout » . Le service de Dieu n’a pas de dimensions, il embrasse tout, y compris la pensée qui ne dure qu’une seconde parce que « une seule pensée de l’homme vaut plus que le monde entier ; c’est pour cela que Dieu seul en est digne » .
La liberté, et non pas seulement l’horloge, est la mesure de la force de ce ‘toujours’. Servir les autres dans le temps n’est pas être esclave de la montre, mais maître de son temps. La force d’âme est donc nécessaire pour que cette montre n’avance ni ne ralentisse le temps.

c) Espérance

Si ce ‘toujours’ est tourné vers l’éternité, il est plein de l’espérance qui garde toutes les valeurs humaines, « l’espérance du Christ » . C’est à partir de cette attitude pleine d’espérance que « le cœur du sage connaît le temps et la manière, car toute chose à son temps et sa manière » (Qo 8, 5-6). L’espérance « a fait que Thérèse de Jésus soit quelqu’un de grand. Lorsqu’elle n’était qu’une enfant et qu’elle sortait par la porte de l’Adaja, en traversant l’enceinte de sa ville avec son frère Rodrigo, pour aller dans le pays des Maures afin qu’on les décapite pour le Christ, elle soufflait à l’oreille de son frère qui se fatiguait : pour toujours, pour toujours, pour toujours » .
La question que saint Josémaria nous pose trace la voie de ce ‘toujours en quête d’aventure: “Que cherchons-nous toujours, même sans y prêter attention, en tout ce que nous faisons ? » Et de répondre : « Quand c’est l’amour de Dieu qui nous motive et que nous travaillons en toute droiture d’intention, nous cherchons ce qui est bon, propre, ce qui donne la paix à notre conscience et le bonheur à notre âme » . Et en trouvant ce qui est bon et propre, nous le donnons aux autres, ce qui requiert du temps et que l’on soit rempli de ce que l’on donne. Comme le dit le poète : “donnons du temps au temps: pour que le vase déborde il faut d’abord le remplir » . Remplir le temps de bien c’est être à tout moment à ce que l’on doit faire , sans s’encombrer de solutions égoïstes ni déposer notre avenir dans les bras d’une nonchalance qui s’installe . Or le temps est rempli par le travail mais aussi par le repos . À la fin des années cinquante du siècle dernier, sur la photo d’un jeune âne, au regard paisible, aux oreilles hirsutes, saint Josémaria écrivit : Semper ut iumentum, toujours comme un bourricot. Il aimait considérer l’humilité de l’âne travailleur, fidèle et docile aux indications de son maître. L’âne est mentionné, entre autres, dans un texte du 16 février 1932, où il cite cette expression populaire qu’il entendit au fond de son âme, « obras son amores y no buenas razones », l’amour dans les oeuvres, non dans les belles paroles, qu’il prit pour un appel à « être totalement généreux » . Le contexte est tissé de nombreuses heures de prière, de travail pastoral, de soucis financiers, d’incompréhensions.

Ce ‘toujours’ est exigent parce que Dieu demande davantage. On comprend alors que dans son homélie « la conversion des enfants de Dieu » il cite saint Augustin : « Si tu dis ça suffit, tu es perdu. Vise toujours plus, avance toujours, progresse toujours » .

2.2. En profiter

Contrairement aux autres usufruits, celui du temps, que nous considérons maintenant, n’enlève rien à celui qui en est le Maître absolu qui peut nous demander à n’importe quel moment de rendre définitivement comptes de notre gestion. Cette insécurité, l’usufruitier intelligent l’interprète comme un encouragement à profiter de façon appropriée des fruits du temps de vie, pour apprécier le cadeau de vivre, pour gérer le temps et le partager avec ceux qui l’entourent. Ces trois façons d’en profiter se prêtent à quelques considérations.

a) Vivre le temps

Ce n’est pas en regardant souvent notre montre que nous allons profiter de la vie même si nous sommes en mesure de dire l’heure qu’il est, minute à minute. Au contraire, cette tension peut conduire à l’angoisse du temps ou à une façon subtile de le tuer par précipitation, sans donner du temps au temps pour le remplir totalement de vie. On ne profite d’une heure de temps qu’en savourant, l’une après l’autre, ses soixante minutes . Sénèque avait déjà compris la différence qu’il y a entre vivre le temps et exister dans le temps . Pour vivre le temps, il faut le remplir d’œuvres et d’en profiter en pensant aux autres pour Dieu. Saint Josémaria conseillait ceci : « Voici une recette à vivre dans ta vie : « Je ne me souviens pas que j’existe. Je ne pense pas à mes affaires parce que je n’en ai pas le temps » Travail et service ! » .

Vivre le temps c’est avoir la possibilité de le multiplier, comme le fit Josué en le demandant à Dieu « Le soleil s’arrêta et la lune se tint immobile » il n’y a pas eu de journée pareille, ni avant ni depuis » (Jos 10, 12-14). Dieu allonge les jours de celui qui vit le temps dans la joie et qui, avec sa fidélité, « parvient à un contentement de plus en plus grand chaque jour » . La joie lorsque l’on vit le temps est une façon d’exercer son droit à « améliorer » le bien dont on est l’usufruitier, en faisant que la vie soit faite de « prière continuelle, de bonne humeur, de paix » . La joie ne disparaît pas quand le soleil se cache puisque pour marquer l’heure le soleil se sert de l’ombre. Aussi « toute la journée peut être un temps de prière : du soir au matin et du matin au soir » .

Ce jeu du jour et de la nuit me fait penser à la maison des chauves-souris du zoo de Chester, au Royaume Uni. Dans l’obscurité la plus totale, les chauves-souris passent à quelques centimètres du visiteur, dans un vol rapide. Pour ces mammifères volants, il fait nuit bien que dehors le soleil brille. À la fin de leur journée de travail, les lumières reviennent et le repos commence.
Les chauves-souris vivent le temps au rythme de l’interrupteur électrique. L’homme a aussi la propre clé pour marquer le jour et la nuit et lorsqu’il le fait face à Dieu, il vit le temps à n’importe quel temps. Peu avant la fin du XVIème siècle, Francis Bacon écrivit : « Choisir un temps c’est gagner du temps » . Profiter de la vie consiste à choisir un temps pour chaque activité, à commencer par la relation avec Dieu car « si Dieu est vie pour nous, il n’y a rien d’étonnant à ce que notre existence de chrétiens soit entretissée de prière » . De ce fait, vivre le temps nous donne l’occasion de le racheter et de faire qu’il participe à la corédemption. Un texte paulinien conseille de vivre en toute sagesse, tempus redimentes , en rachetant le temps.

Racheter le temps est une idée qui circule dans les milieux universitaires et qui fait le rapprochement entre le temps et la sagesse: la sagesse doit découler de l’étude, l’effort pour l’atteindre suscite l’envie de ‘racheter’ le temps perdu .

L’action rédemptrice concerne le temps des personnes et des générations. « Chaque génération de chrétiens doit racheter, doit sanctifier son propre temps » , entre autres, à cause de la nécessité de prendre part à « aux avancées mouvementées de l’histoire humaine » . Le temps corédempteur plonge l’éternité dans le calendrier humain et aboutit à l’instant sublime de la demande, du sacrifice, de l’adoration, de la reconnaissance qu’est la Messe. En 1932, tout juste après son trentième anniversaire, saint Josémaria écrivit : « Quand on dit la Sainte Messe, les montres devraient s’arrêter » . C’est alors que le prêtre fait l’offrande de l’éternité dans le temps.

b) Travailler le temps

“Sanctifier le travail. Se sanctifier dans le travail. Sanctifier les autres avec le travail”. C’est l’expression dont se servait le fondateur de l’Opus Dei pour résumer le noyau du message que Dieu lui avait confié pour qu’il le rappelle aux chrétiens » .Ces propos que cite mgr Xavier Echevarria peuvent s’appliquer aussi au temps de travail, ce travail qui rend le temps fécond. Le travail donne un sens à la vie puisque la vie est à remplir de temps de travail physique, intellectuel, ou de temps de repos. Pour le chrétien, travail, repos et temps sont enrichis parce que Dieu est leur premier destinataire.

Le Créateur a fait l’homme libre et il ne lui refuse pas le temps qu’il peut gérer, dépenser à sa guise. C’est en Christ que nous trouvons un paradigme du temps consacré au travail « puisqu’il gagne son pain durant de longues années, avec son travail personnel » .

Travailler le temps c’est rentabiliser « les jours « que Dieu met à notre disposition » . Le bon travailleur met son temps à profit : il y a le résultat tangible de ses efforts et aussi le bienfait intangible qu’il obtient personnellement : « ce n’est pas seulement de l’or, c’est de la gloire de Dieu! ; « il s’agit d’un gage de la gloire qui nous sera octroyée « après » .

Dans notre société, le temps est un bien rare et de ce fait nous entendons les gens se plaindre ‘du manque de temps’. L’économie du temps regarde attentivement le mouvement des aiguilles de la montre. De façon réaliste, saint Josémaria considère le temps de façon transcendante et avec une ferme assurance, digne de celle du meilleur chef d’entreprise, il dit : « Nous ne devons pas avoir de temps en trop, même pas une seconde, et je n’exagère pas. Il y a du pain sur la planche » . Ce n’est pas exagéré parce qu’une seconde peut avoir une valeur infinie, éternelle.

Aussi, trouve-t-on chez lui de nombreux textes concernant le profit du temps en diverses circonstances de la vie, par exemple, dans le travail au foyer , à l’étude . Il fait référence à des passages de l’évangile : le figuier maudit , les vierges insensées .

Toutes les minutes ont soixante secondes, toutes les heures, soixante minutes. Or la volonté de travailler intensément fait que quelques secondes comptent pour des minutes et le résultat d’une heure de travail dépasse les soixante minutes. Temps et travail s’entrelacent pour être rentables si l’effort est intense qui rend par la suite le repos indispensable pour récupérer des forces . Cette façon d’envisager le problème explique « qu’il n’y ait plus d’heures libres et qu’avec une attitude sereine qui permet de profiter « des périodes de détente physique, des temps propices » on accueille avec « une joie surnaturelle, les événements que les gens ont le tort de qualifier de mauvais» . Dans les enseignements de saint Josémaria sur le travail du temps il y a un entrelacement permanent du sens transcendant de la vie et du bon sens, propre aux citoyens qui vivent leur vie de citoyens dans les situations normales.

c) Partager le temps

Le temps est une plateforme de relations. Il n’y a pas de relation temporelle sans ‘un autre’ et il n’y a pas cet ‘autre’ sans un temps pour la relation avec lui. Les sujets de ces relations sont les personnes, en contact direct ou à travers les moyens de communication. La montre peut mesurer la durée des relations en un temps déterminé, mais cette durée n’est pas la relation elle-même et n’est pas non plus un moyen pour la tisser.

L’objet de la relation dans le temps est la relation elle-même, le fait d’être en relation dans des temps déterminés et non pas en une heure précise car alors il n’y a pas de relation. Depuis la création du temps, par la volonté de son Créateur et de son Maître, la meilleure relation tient à partager le temps avec Lui et, à partir de cette relation première, le faire avec les personnes avec lesquelles nous nous retrouvons dans la vie. Il n’y a pas lieu de partager le temps avec soi-même et de prétendre que toutes les heures soient miennes Devant la tentation de « vouloir se réserver un peu de temps pour soi », il faut rectifier tout de suite et porter remède à tant de petitesse .

La vision solidaire pousse à être généreux dans la gestion du temps au profit « des intérêts bons et justes des autres » et pour aider ceux qui nous sollicitent .

Partager le temps demande de savoir s’adapter au passage du temps, qui s’écoule parfois dans « l’apparente monotonie des jours apparemment toujours pareils » . D’autres fois le temps est porteur d’aridité ou de contrariétés qui nous obligent « à avancer à « rebrousse-poil », sans aucun réconfort spirituel ou humain » , c’est alors qu’« il faut surtout remplir ces heures d’amour de Dieu » .

2.3. Restituer

L’usufruitier est tenu de restituer le bien qui lui a été confié pour son usage et à son profit. Le propriétaire a le droit d’exiger cette restitution. Dans ce cas, qu’est-ce que restituer du temps ? La restitution considère, tout d’abord, la dépense du temps librement réalisée et l’altération, positive ou négative, du temps reçu en usufruit. Prétendre restituer la même quantité de temps qu’on a reçue, suppose ignorer qui en est le Maître, ce qu’est le temps et la nature d’un usufruitier. On doit évoquer encore une fois la parabole des talents et le devoir de rentabiliser ce qu’on a reçu . On ne doit pas gaspiller le temps , ni oublier ce à quoi il sert : « Ton temps pour toi ? « Ton temps pour Dieu ! » . La montre aide à contrôler cette gestion du temps et elle contribue, en quelque sorte, à mesurer sa rentabilité, mais le décompte des heures ne précise pas si elles sont vides ou pleines, si elles regardent le Ciel ou soi-même.

Chez les horlogers on qualifie d’horloge maîtresse celle dont la marche est le repère des autres. Quand il s’agit du temps de vie, l’horloge maîtresse n’indique pas les heures ou les siècles, elle indique le sans temps dit éternité.

Qu’est-ce que l’obligation de restituer le temps ? En voici trois caractéristiques, entre autres : elle est continue, irremplaçable, risquée.

a) Continue

L’horloge maîtresse qui veille sur la restitution du temps signale avec une précision identique l’éternité et les secondes. C’est pourquoi l’obligation de restituer est permanente et continue, ne se limitant pas au temps que l’on passe sur cette terre avant de la quitter. Le temps est restitué dans la mesure où on le dépense, seconde après seconde, avec des actes ou des omissions. Saint Josémaria se sert fréquemment du mot instant, brève portion de temps, pour refléter la dépense continuelle de temps : « Le Seigneur a le droit d’être glorifié « à tout instant » et nous sommes tenus de le faire. Aussi, si nous gaspillons le temps, nous dérobons de la gloire à Dieu » .

Comment mesurer les instants ? La réponse dépasse la montre et le temps, les tactiques et les systèmes de mesure : elle est dans l’amour « qui est la ‘tactique’ de Dieu » . Cette perspective nous permet de dire : « Que l’homme est grand quand il reconnaît qu’il est une créature préférée de Dieu et qu’il a recours à Lui, tota die, à chaque instant de son pèlerinage sur terre ! »

La question de la restitution continuelle du temps a une réponse immédiate. En parlant du travail, saint Josémaria écrit : « Dès qu’on le lui offre et qu’on met la main à la pâte, Dieu nous écoute et nous encourage » .

b) Irremplaçable

Pratiquement tous les produits qui circulent dans les marchés de biens à consommation rapide sont en mesure d’être remplacés par d’autres semblables ou identiques.

Cette réalité est le pilier de la concurrence dans le libre marché. Pour ce qui est du temps, il est impossible de le remplacer : il est personnel et non endossable. On peut embaucher pour des heures de travail, mais les heures appartiennent toujours à quelqu’un, même s’il les consacre à travailler pour un autre. Le temps configure la vie. Quant à ce temps et à cette vie, nous ignorons combien nous en avons encore . Et ces réalités sont irremplaçables, peuvent-elles être récupérées ? La vie, non . Le temps, oui.

Les horloges humaines, la solaire tout autant que l’atomique, ne rattrapent pas le temps passé et ne remplissent le temps futur : elles marquent le temps présent. Cependant, l’horloge maîtresse éternelle, dont le tic-tac est l’amour de Dieu, accueille le temps pour rectifier le passé .La grâce de Dieu qui est spécialement présente dans le sacrement de Pénitence nous permet de recommencer et de rattraper les heures perdues ; c’est aussi le cas d’un plus grand investissement au travail intense .

Nous pouvons perdre notre temps, on peut aussi nous le voler. Au 15ème siècle avant Jésus-Christ l’horloge à eau était appelée Clepsydre, ou « voleur d’eau » en grec. En perdant notre temps, nous en volons à Dieu . Chaque personne à son voleur de temps attitré et l’imagination est l’un des plus communs à tous . L’imagination débridée et non maîtrisée consomme des minutes, des heures, voire des journées. Elle est souvent encouragée par les nouveaux supports de la communication digitale qui risquent de la rendre folle en lui faisant consommer des heures et des heures, voire des journées entières.

c) Risquée

Le moment où il nous faudra rendre des comptes est délicat et risqué. Nous devrons revoir notre vie, dans un acte unique, dans un bilan final concernant le temps vécu que nous soumettrons au jugement du Maître du Temps. Si nous avons su rendre compte de chaque ‘instant’, nous n’aurons vraisemblablement pas trop de surprise. Autrement, la surprise peut être de taille et il n’y a plus de solution : on sera passé à côté du bonheur éternel.

L’un des plus importants facteurs de risque tient au fait de ne pas s’apercevoir qu’il y a des temps morts que l’égoïsme a tués . Saint Josémaria est très peiné par l’expression familière qui veut que « l’on tue le temps ». « Que c’est dommage ! Tuer son temps alors qu’il est un trésor de Dieu » . C’est un gros risque, infini, même, car « lorsqu’un chrétien tue son temps sur terre, il se met en danger de tuer son Ciel » . Saint Josémaria ne laisse plus de place au doute lorsqu’il écrit: “Si tu tues ton temps, tu ouvres les portes de ton âme au diable » .

3. À partir du temps

“À partir de” définit un point de départ vers un objectif. Le temps est toujours un début vers le futur, c’est la fin du passé qui débouche sur le présent et cherche à atteindre un but. À partir du temps exprime l’existence d’un horizon sans temps et ce, en dépit de l’acharnement des hommes à vouloir mesurer le temps avec précision et en se donnant des délais de plus en plus longs. Saint Josémaria enseigne que toutes les couches de l’humanité sont en mesure « d’élever à l’ordre de la grâce le travail quotidien, la profession ou le métier ». On assiste ainsi à la naissance « d’une nouvelle espérance qui transcende le temps et la caducité des choses mondaines » . Il s’agit d’une espérance qui nous demande de tenir compte des moyens surnaturels et humains . C’est à partir du temps que nous saisissons l’instant où, dans l’Apocalypse, l’ange proclame « qu’il n’y aura plus de temps » (Ap 10,7), car il fera toujours jour “puisqu’il n’y aura pas de nuit” (Ap 21, 25).

3.1 À l’image de l’éternité

Voici ce que dit le livre de la Sagesse : “Car Dieu a créé l'homme immortel, et Il l'a fait à l'image de Sa ressemblance. Mais la mort est entrée dans le monde par l'envie du diable » (Sg 2, 23-24). Dieu crée l’homme dans l’éternité et pour l’éternité. Le mystère du péché et le mystère de la Rédemption ont une incidence dans notre compréhension de l’éternité mais, à cause la routine, on peut oublier leur sens profond. Voilà ce qu’en dit le fondateur de l’Opus Dei : « Quelle est étrange cette capacité humaine à oublier les choses les plus merveilleuses, à s’habituer au mystère ! » .
Parfois l’adverbe ‘toujours’ permet d’atténuer le mystère: cela a été toujours comme ça, on n’a jamais résolu cette question, etc, et on ne reconnaît pas que cet adverbe est l’équivalent de l’éternité. « Depuis toujours et pour toujours, Tu es Dieu » (Ps 90, 2) que l’on traduit aussi par « De toute éternité et pour l’éternité, Tu es Dieu ». Cette réalité retrouve sa force au point 999 de Forge : « Seul le « pour toujours » de l’éternité est vrai, d’une vérité totale » .

Le fait que l’homme ait été créé à image de l’éternité permet de penser que son passage sur la terre est un pèlerinage pour lequel il a été choisi et que son intelligence vise l’infini éternel.

a) Temps de pèlerinage

L’expression “faire un pèlerinage” veut dire que « l’on comprend que la vie est une voie à parcourir » .
C’est ainsi que l’entendait saint Josémaria : « un temps de pèlerinage, de voyage » , qui nous révèle la valeur éternelle des choses apparemment sans importance , un temps où les occupations banales et quotidiennes « ont un sens divin d’éternité » , d’espérance .

Dans ce pèlerinage à partir du temps, le regard est rivé sur le ciel « quand on voit les choses avec des yeux d’éternité » , en faisant continuellement référence au passage de Jésus sur terre, en tâchant de devenir « un personnage de plus » dans l’Évangile.
Et c’est de cette façon ineffable que l’homme vit dans la jouissance annoncée par le Seigneur:
« Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez » (Lc 10, 23). De ce fait, le travail, les joies et les contrariétés de la vie produisent des fruits, « une semence d’éternité »

b) Choisis depuis l’éternité

« Je n’aime pas parler d’êtres choisis ou privilégiés. Mais c’est bien le Christ qui parle, qui choisit. C’est le langage de l’Écriture: elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, dit saint Paul, ut essemus sancti (Ep 1, 4). Il nous a choisis dès avant la constitution du monde, pour que nous soyons saints ». Nous n’avons aucun mérite à nous approprier dans cette élection puisque nous sommes seulement « des instruments du Créateur du monde » .

Cette élection est effective dans une vie et en un temps déterminé. Elle est personnelle. Dieu ne choisit pas les gens en bloc, mais un par un : « Le Seigneur vous a comptés depuis l’éternité ! » .Il s’agit d’un appel universel, adressé à tous, « Notre Seigneur s’adresse à tous les hommes pour qu’ils sortent à sa rencontre, pour qu’ils soient saints » et il le fait dans les circonstances de temps et dans les conditions les plus favorables, « à un moment concret mais qui était dans son esprit depuis toute l’éternité » . La personne concernée ignore ce temps jusqu’au moment où il arrive, comme ce fut le cas de la Sainte Vierge qui ignorait qu’elle avait été choisie de toute éternité jusqu’à l’annonce de l’Archange Gabriel.

L’élection respecte la liberté personnelle mais dès qu’on l’accepte elle met dans la vie le désir de « vivre chaque instant avec une vibration d’éternité » , avec l’assurance du secours permanent de Dieu .

c) Une soif d’Infini

Pour jouer avec le temps, il faut connaître les règles du jeu. La première consiste à savoir qu’il a un Créateur et qu’il a un début et une fin. La deuxième consiste à admettre qu’il y a un ‘sans temps’, dit éternité. Ceci demande d’être conscient que « la condition humaine actuelle n’est pas la définitive » . Pour un chrétien la situation définitive est le résultat d’une conquête spirituelle déclenchée par la « soif d’Infini, d’éternité » , une conquête à partir de la liberté et soumise aux étapes incontournables pour tout pèlerin.

Dès qu’il y a quelque chose d’incontournable, le bon sens conseille de « se faire l’ami » de ce « quelque chose » que Dieu envoie ou permet et de le faire avec la sérénité de celui qui voit cela comme une décision venue de l’éternité et allant vers l’éternité. Il est incontournable que notre cœur, cette horloge physique que nous portons tous en nous, s’arrête un jour.
Quand son tic-tac naturel s’arrête, ce ‘quelque chose’ est la mort. Si nous avons cultivé son amitié, la surprise sera moindre. Avec une image poétique, l’auteur de Chemin écrivit il y a déjà très longtemps : « As-tu vu, un triste après-midi d’automne, la chute des feuilles mortes ? C’est ainsi que les âmes tombent dans l’éternité : un jour tu seras cette feuille déchue » .

Le Maître du Temps se réserve le jour et l’heure de ce passage incontournable. « Veillez » dit l’évangile (Mt 25, 13) et c’est fort important. Pour surveiller la mort il faut être vigilant toute la vie durant parce que la mort n’est qu’une étape pour un autre événement incontournable : les comptes à rendre. Il faut alors que notre apport personnel soit important parce que ce que nous avons à justifier c’est le rachat obtenu par la rédemption divine, prix et trésor « de l’éternité de chaque un » .

En s’adressant aux prêtres, saint Josémaria leur rappelait que “le grand mal que nous tâchons d’enrayer c’est le péché, l’éloignement de Dieu, le risque que les âmes ont de se perdre pour toute l’éternité. Lorsque nous célébrons la Sainte Messe, notre aspiration essentielle consiste à conduire les hommes vers la gloire éternelle dans l’amour de Dieu » .
Le vrai visage de l’offense à Dieu apparaît clairement devant le sacrifice rédempteur de la Croix : « Pour sauver l’homme, Seigneur, tu meurs sur la Croix et, cependant, c’est pour un seul péché mortel que tu condamnes l’homme à une éternité malheureuse de tourments… le péché t’offense, ô combien ! et ô combien dois-je le détester ! » .

L’espoir d’atteindre l’éternelle béatitude n’est pas commode et on ne saurait ignorer que
le temps passe. Mais l’exercice de l’espérance apporte la paix à l’âme. Dans son homélie « l’espérance du chrétien », saint Josémaria s’épanche dans une joie assurée. « Je suis heureux dans la certitude du Ciel que nous atteindrons si nous sommes fidèles jusqu’au bout ». Cette conviction lui permet de comprendre que « seul ce qui a le sceau de la trace de Dieu révèle le signe indélébile de l’éternité et sa valeur impérissable » .

Dieu donne à tous un temps de vie et offre l’éternité à tous (“personne n’est exclu du salut”). C’est une conquête ardue mais à notre portée à tout instant, même si cela nous semble impossible. Il suffit de penser à la façon dont Jésus canonise un pauvre pêcheur : « Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis », répond-il à l’humble demande de celui qui est près de lui sur une autre croix » .

La gloire éternelle s’achète avec la monnaie du temps dépensé en Dieu.
C’est là que l’on reçoit “l’éternelle accolade d’Amour de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de Dieu le Saint-Esprit et de Sainte Marie” . C’est là que le mot ‘bonheur’ atteint son sens plénier, à nul autre pareil (cf. Rm 8, 18).

3.2 La Chanson 103

Parler de l’éternelle béatitude sans penser à Sainte Marie c’est parler de l’aube en oubliant le soleil. Elle est la Porte et la Reine du Ciel, la Mère de l’Éternité. Si le Ciel et l’Éternité n’avaient pas existé, Dieu les aurait créées pour Elle: elle est “le chef d’oeuvre de la mission du Fils et du Saint-Esprit à la plénitude des temps” .

Saint Josémaria décrit le chemin que la Trinité “dans la mystérieuse économie divine” a tracé pour la Mère du Sauveur: “ Notre Dame, qui a participé pleinement à l’œuvre de notre salut, devait suivre de près les pas de son Fils : la pauvreté de Bethléem, la vie cachée de travail ordinaire à Nazareth, la manifestation de la divinité à Cana, en Galilée, les affronts de la Passion et du Sacrifice divin de la Croix, la béatitude éternelle du Paradis » .

Il y a de très nombreux textes de saint Josémaria pour chanter les louanges des gloires de Marie. Saint Rosaire, est parmi les premiers. Il l’écrivit en 1931, alors qu’il n’avait que 29 ans.

Dans cet écrit, il met en pratique le conseil qu’il donne à ses lecteurs pour qu’ils arrivent à s’entretenir avec Jésus : « Un amour confiant envers la Très Sainte Vierge Marie » .

À un moment donné, il contemple la joie des Anges qui voient Marie « élevée, corps et âme, aux cieux », là où « la Bienheureuse Trinité accueille et comble d’honneurs la Fille, la Mère et l’Épouse de Dieu ».

Les siècles ont laissé des traces de la dévotion des chrétiens pour leur Mère: des écrits, des peintures, des sculptures, des chants, etc. Saint Josémaria pense à l’un de ces témoignages. « J’ai en tête un charmant poème gallicien, une des ‘Cantigas’, des chansons d’Alphonse X le Sage. Il s’agit d’une légende qui veut qu’un moine, dans sa simplicité, ayant supplié Sainte Marie de lui permettre de contempler le ciel, ne serait-ce qu’un instant, comprit que la Vierge avait accueilli son désir : ce brave moine fut pris au paradis. À son retour, il ne reconnaissait plus les habitants du monastère : sa prière avait duré trois siècles, alors qu’elle lui avait paru toute courte » .
La ‘Cantiga’ est la 103ème des Cantigas de Sainte Marie. . Le refrain de ce poème est repris quatorze fois et rappelle aux chrétiens : « Qui sert bien la Vierge ira en Paradis » :
Quen Virgen ben
servirá / a Parayso irá.


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